Que vaut la marque Feed® ?

On est mercredi, et comme tous les mercredis, je prends mon téléphone et je regarde ce qui se fait un petit peu sur Facebook. Il ne m’a pas fallut scroller longtemps pour tomber sur une publicité de substitut de repas de la marque Feed®. La marque, vous la connaissez, elle nous harcèle de messages un peu partout pour vendre sa poudre “savoureuse”.

Et maintenant que vous connaissez ma légère insolence, vous vous doutez bien que je n’ai pas pu m’empêcher de commenter un des posts de la marque.

Un représentant de Feed® m’a très aimablement répondu. Je lui ai avancé quelques arguments qu’il a bien sûr réfuté assez promptement, mais toujours poliment. Et pour cause. Je suis persuadé qu’il a de très nombreuses connaissances pour promouvoir ce type de produits. Cependant, je pense qu’il s’agit plus de connaissances commerciales que nutritionnelles.

Vous l’aurez bien compris, dans cet article, je vais vous parler des substituts de repas de la marque Feed®.

A qui sont destinés les substituts de repas en général ?

D’une manière générale, les substituts de repas peuvent convenir à tous types de publics. Qu’ils s’agissent d’astronautes en mission dans la SSI, de Jeanine avec son nouveau programme minceur, ou encore de Kevin avec son nouveau gainer “ultra bombe massif X2000 power mass iso3000 ” goût vanille chorizo. Tout le monde peut trouver une utilité dans ce type de produits. Même les randonneurs !

Si dans le cas des randonneurs ou des astronautes l’utilité de ce type de produit à un certain côté pratique et une certaine qualité nutritive obligatoire, ce n’est pas forcément le cas des produits consommés par Kevin et Jeanine (désolé si vous vous appelez comme mes têtes de turc).

Sous quelles formes ?

La majeure partie de ces produits se retrouve sous forme de poudre, bien qu’il existe encore quelques substituts solides comme des barres.

Mon but n’est en aucun cas de dénigrer la marque. Après tout, l’idée était prometteuse. Ce qui me dérange en revanche, c’est que vous croyiez que consommer ce type de produits vous aidera à atteindre vos objectifs dans de bonnes conditions de santé. Les photos présentées sont toutes tirées du site internet de la marque Feed®.

Les barres

Petit rappel pour les novices de supermarché : La liste des ingrédients est établie de manière à faire apparaître les produits par ordre décroissant de concentration. En gros, le premier ingrédient est celui qu’on retrouve en majorité.

Il est donc assez aisé de se rendre compte que le premier ingrédient de cette barre au chocolat est… Du sirop ! Bien qu’il s’agisse de sirop d’agave, légèrement plus intéressant que le sucre de canne par exemple, notamment grâce à son impact glycémique plus faible, il n’en reste pas moins du sucre. Essentiellement du fructose.

A la suite de ce sirop, on retrouve des protéines végétales. C’est normal. C’est un substitut de repas et la législation encadre assez bien ces produits et oblige les marques à respecter quelques teneurs. Notamment en protéines, lipides et vitamines. De ce fait, les protéines végétales vont participer à augmenter l’apport en protéines. Notons cependant qu’on retrouve de la protéine de soja, encore très controversée de nos jours.

On retrouve ensuite quelques amandes afin d’augmenter la teneur en lipides du tout mais aussi pour jouer un rôle dans la consistance du produit, et son coût. Ce n’est pas donné les amandes.

Pour les curieux. L’isomaltulose est un sucre que l’on obtient en traitant par exemple de la canne à sucre ou du miel. Il y est présent naturellement. C’est un sucre ayant un indice glycémique plus faible que le saccharose. Cependant, c’est encore un sucre.

S’ensuit une liste d’ingrédients à dormir debout et des additifs. On notera également que le produit est dopé aux minéraux (sauf le fer furamate… ça n’existe pas ça, je ne sais pas d’où leur biochimiste sort ça). J’avais déjà fait un petit topo sur Instagram et sur la dangerosité de ce type de minéraux. Raison de plus de me suivre sur ce réseau !

Au niveau de la valeur nutritionnelle, on se retrouve avec un total de 400 kcal. De quoi remplacer un repas. Mais le repas de qui ? Est-ce que c’est là que je suis censé m’énerver ?

Si vous me suivez sur Instagram, ou si vous êtes une des personnes que j’accompagne en suivi, vous savez ce qu’est la personnalisation. J’y tiens comme la prunelle de mes yeux !

Aussi, comment une marque peut elle prévoir que 400 kcal correspondent à un repas ? En faisant des moyennes. Ce n’est donc pas le substitut de repas idéal pour une personne en particulier mais pour une population. Et ça fait toute la différence.

La marque précise dans les conseils d’utilisation d’ouvrir le paquet et de consommer le produit directement avec un verre d’eau. Est-ce qu’ils n’auraient pas oublié de mentionner ” En vous bouchant le nez ” ?

La marque met bien sûr en avant les valeurs nutritionnelles de ce produit. Cependant, je pense qu’il est d’une importance capitale de rappeler qu’une calorie… n’est pas équivalente à toutes les autres calories. Aussi, si les valeurs nutritionnelles des barres semblent convenables (encore une fois, pour qui ?), l’importance repose sur la qualité de ces calories.

Les valeurs nutritionnelles ne sont que des chiffres qu’il faut savoir interpréter. A calories égales, préférez toujours un produit naturel, le moins transformé possible.

Je ne parle ici que de la version chocolat car c’est celle qui m’est venue en premier dans les résultats. Les autres produits sont équivalents… voire pires.

Les bouteilles

Dans cette version “boisson en poudre”, saveur café, on observe aisément que le premier ingrédient est de la farine d’avoine. Et alors ? Bah rien. Juste que je trouve que ça fait cher pour un tel produit. D’autant plus que tout le monde ne la supporte pas. Moi le premier !

Dans la suite de la liste, on est confronté, à quelques choses près, aux mêmes types d’ingrédients que dans les barres. On notera la présence de sucre de canne et de maltodextrine… qui n’est pas réputée pour son indice glycémique faible.

La valeur calorique est plus élevée que dans les barres.

Qu’en est-il du contenant ? La bouteille est en plastique. Nous connaissons aujourd’hui de plus en plus de raisons de ne plus conserver nos aliments dans des récipients en plastique… La marque n’en parle pas.

J’ai observé les bouteilles en version salée. Mes conclusions sont identiques.

Il existe de nombreux autres produits et leur gamme ne cesse de se développer. Je ne prendrai donc pas le temps d’analyser tous les produits ici. Vous avez cependant quelques clés en main, grâce aux quelques remarques faites plus haut, pour vous faire votre propre avis sur les produits de la marque.

Le gros soucis des poudres

Mon altercation avec le représentant de la marque concernait une réflexion que j’avais faite.

J’ai en effet précisé que la mastication était d’une importance capitale dans la digestion. La salive a de nombreuses propriétés (antibactériennes, enzymatiques…) et ces propriétés ne sont utiles que si les aliments restent suffisamment longtemps en contact avec la salive.

En plus de cela, c’est la mastication qui stimule la production de salive en plus de scinder les aliments et préparer à la digestion. Et en plus (oui je n’étais pas inspiré pour le mot de transition là), la mastication est un acteur majeur de la régulation de la prise alimentaire. Faites l’essais. Mâchez pendant 1 minute chaque bouché. Vous verrez que vous mangerez nettement moins.

J’ai donc avancé cet argument, en disant que la poudre, ne nécessitant pas de mastication, l’intérêt de la salive n’était pas pleinement exploité et que pour un produit qui se vantait naturel, il ne respectait pas vraiment… Dame nature !

Et là, c’est le drame… Le représentant m’annonce qu’il faudrait des milliers d’années avant que l’évolution nous conduise à perdre nos dents si on ne les utilise pas.

Le plus fou, c’est que cet argument se retrouve dans la FAQ du site internet de Feed® ! Comme si c’était un argument valable de vente !

Si effectivement nos dents mettraient pas mal de temps avant de disparaître, il n’en est pas moins un argument non valable pour promouvoir la marque et rassurer la clientèle !

” Est-ce que les freins de cette voiture fonctionnent bien ? Non, mais ne vous inquiétez pas. L’état des pneus vous aura tué bien avant, donc pas de soucis”.

Les fibres

Une fibre moulue n’est pas équivalente à une fibre intacte.

Les qualités, les propriétés, des fibres sont en fait dues à leur structure chimique. Si la structure est bouleversée, les caractéristiques le sont également. De ce fait une structure réduite en poudre n’a pas les mêmes intérêts qu’une fibre qui serait, par exemple, intacte dans un aliment brut.

La mention “riche en fibres” est donc toute relative. Et c’est un peu comme ça pour tout. Que veut vraiment dire la mention “riche en protéines ” si ce n’est que l’aliment contient des protéines, suffisamment pour bénéficier, légalement, de cette appellation ? Que valent ces protéines, qui, nous l’avons vu, sont principalement d’origine végétale ?

Il est donc primordial de connaitre la nutrition, un minimum, pour faire face à ce type de produits.

Vous vous dites certainement être au dessus de ça, mais après plusieurs millions de ventes sur leur site (oui, oui), il est légitime de se poser des questions quant aux consommateurs de la marque.

La preuve sociale

Toutes les personnes ayant fait au moins 2 cours de marketing dans leur vie connaissent la preuve sociale. Il s’agit de montrer à un public cible que d’autre publics sont déjà conquis, ou bien d’utiliser une star ou un titre pour attirer de nouveaux pig… clients.

La marque excelle dans ce domaine en ayant à ses côtés un chef cuisinier et des médecin-nutritionnistes et diététiciens. Nul besoin d’être un génie pour comprendre ce qui a convaincu ces personnalités de rejoindre la cause.

Le mot de la faim

Vous l’avez compris, la marque est comme toutes les autres. Même si quelques points intéressants sont mis en avant, notamment le fait que les produits soient vegans, ou encore que la production soit française.

Notons que leur site internet est une petite merveille. Si vous me suivez depuis le début vous savez que c’est au moins le troisième design que je fais, mais alors eux, chapeau, c’est super bien ficelé !

C’est quand même triste de n’avoir qu’à féliciter le site.

Comme vous l’avez vu, la majeur partie des produits utilisés pour fabriquer les barres ou les boissons, sont des produits que vous pouvez vous même vous procurer en magasin. De ce fait, libre à vous de créer vous même, et pour moins chère, une barre en guise d’en-cas !

Et par pitié… MÂCHEZ !

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6 commentaires

  1. Salut !

    Tout à d’accord avec l’article notamment la politique commerciale très agressive.

    Cependant je rebondis pour Thierry Marx. Étant “amateur” de ce milieu, j’ai eu aussi une belle déception quand j’ai vu qu’il avait accepté de faire la promo de ces bouteilles immondes, surtout pour un chef très proche de la nature et qui multiplie les belles initiatives dans un superbe état d’esprit ( sans doute lié à sa passion pour les arts martiaux).

    Ayant eu la chance d’aller déjeuner dans son établissement deux étoiles ( repas de très haut vol) je ne pense pas que ceci puisse cependant le decredibiliser totalement. Sans doute la marque l’ayant approchée ( surtout qu’il est connu du grand public grâce à Top Chef) avec un très gros chèque ou des arguments fumeux, il a dit oui malheureusement.

    Surtout qu’il travaille avec Raphaël Haumont sur la mal bouffe et les AUT…

    Voilà tout !

    1. Salut Julien !

      Je pense que ça le décrédibilise bien au contraire car il échange en quelque sorte ces convictions pour un chèque, et ce n’est pas la première fois. Il avait déjà prêté sont image pour Lustucru…
      J’ai travaillé dans la restauration, j’étais cuisinier dans un étoilé, et quand on voit comment on est traité par ces chefs qui ne jurent qu’après la qualité, c’est tout de même déroutant de voir ce type de promotion de leur part

  2. Salut Quentin, super article !

    J’aimerais revenir sur un petit point : les fibres. Tu dis que les fibres moulues voient leur structure modifiée. Je m’étais posé la question pour les fibres mixées et avais réfléchis comme suit : comment un mixeur etc pourrait réussir, par « superdigestion mécanique » briser des liaisons alors qu’aucun des procédés de notre organisme n’y parciennent pas ?
    En extrapolant, si tel est le cas ça voudrait dire que la digestion mécanique assurée par notre organisme, les dents entre autres avec la mastication, pourrait y parvenir aussi si on mâcher suffisamment longtemps ?
    J’en doute beaucoup mais si tu as des infos de ce côté je lirais ta réponse avec plaisir.

    Aussi, pour ce qui est de la preuve sociale. On en revient au « marketing honnête »… ou non ! Le simple outil de la preuve social n’est pas à blâmer, puisqu’il peut être utilisé dans les 2 cas de figure (tu l’utilises d’ailleurs toi aussi). C’est vrai que dans le cas présent les diététiciens de Feed sont soient totalement incompétents, ou on échangé leur conscience professionelle contre quelques billets !

    Merci pour ce travail de qualité que tu partages avec nous gratuitement.

    1. Salut Vincent ! Merci pour ton commentaire et ton retour sur cet article !
      Pour en revenir aux fibres: je ne parle pas de digestion chimique mais belle et bien mécanique. Ce qui veut dire que oui, si nous mâchions nos aliments pendant longtemps, supposant que c’est possible, nous obtiendrons des fibres destructurées comme le ferait un mixeur. Cependant je doute que nous puissions en arriver là avec la mastication, ou alors il faudrait mâcher pendant des heures pour obtenir des fragments aussi petits qu’avec un mixeur. Cependant cela n’enlève rien au fait qu’il y a différents types de fibres…

      Bien sûr la preuve sociale est intéressante lorsqu’elle est bienveillante. Cependant, détournée à des fins commerciales pures, je la trouve déplacée. Notamment le fait d’utiliser un chef étoilé pour promouvoir un produit au gout immonde…. Il est totalement décrédibilisé à mes yeux !

  3. Merci pour tous ces renseignements.
    J’ai voulu tester la marque plus dans le cadre de mon boulot :infirmière. Manque de temps pour manger et à la fin manger tout ce qui peut vous tomber sous la mains.
    A boire ces mauvais, les barres pas tant pire.
    Du coup toujours à la recherche de quoi manger à 22h30 quand mon dernier vrai repas date de midi.

    1. Bonjour Emilie, merci pour votre commentaire ! Je vous recommanderai bien de consommer un vrai repas ou une collation que vous avez vous même préparée et qui rentre dans le cadre de vos besoins ? Je pense que ce serait le plus intéressant pour vous !

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